Bagarre des députés provinciaux à Kindu : Adolphe Lumanu convoque d’urgence le gouverneur Didier Manara à Kinshasa
Quatre motions étaient sur la table de l’Assemblée Provinciale. L’une d’elles visait la tête du Gouverneur. Lors de la séance d’hier, après débat, deux camps se sont constitués. D’un côté, ceux qui voulaient le départ de Didier Manara, dans l’immédiat. Et, de l’autre, ceux qui craignaient qu’un tel départ n’occasionne un nouveau désordre au Maniema.
Une nouvelle scène, une nouvelle pièce de théâtre à l’Assemblée Provinciale du Maniema. 13 Députés contre 11 se sont battus, en plein hémicycle. Apparemment, des vieux réflexes ont repris vie, dans les mœurs politiques. Des biceps et démonstrations de force ont succédé à la tempérance et sagesse qui devaient caractériser le comportement des élus.
La confusion était, en effet, totale hier à Kindu, au Maniema, jusqu’au moment où Adolphe Lumanu, Vice-Premier Ministre chargé de l’Intérieur et Sécurité, tentant de remettre de l’ordre dans la boutique, a convoqué de toute urgence, Didier Manara, le Gouverneur de Province, les Membres du Bureau de l’Assemblée Provinciale ainsi que quelques Députés motionnaires.
Tous –environ dix personnes- sont arrivés ce lundi, dans la soirée, à Kinshasa. Ils seront entendus aujourd’hui, à tour de rôle, dans la perspective de trouver une issue apaisée alors que la situation semble pourrie. Ni pour Didier Manara, ni pour les Membres du Bureau de l’Assemblée Provinciale, ni encore moins pour les Députés motionnaires.
Adolphe Lumanu veut comprendre ce qui s’est passé hier, à Kindu. Quelles sont les raisons qui ont mis dos à dos 13 Députés contre 11, dans une affaire liée à l’exigence du départ du gouverneur en place, M. Didier Manara. Tous – une dizaine des personnes- sont arrivés à Kinshasa ce lundi 1er mars, dans la soirée. Aujourd’hui, ils seront, en effet, entendus au Ministère de l’Intérieur et Sécurité.
C’est le premier acte du genre, pour Adolphe Lumanu Bwana N’Sefu nommé, le 19 février dernier, Vice-Premier Ministre, à la faveur de l’avènement de Muzito II. Manara est ainsi convoqué. Avec lui, les principaux acteurs du parlement provincial. Lumanu dit ne pas être juge. Il veut simplement jouer son rôle ; celui de ramener de l’ordre dans la boutique. De la confrontation des uns aux autres, jaillira certainement de la lumière qui l’obligerait à attaquer le mal à la racine.
Des coups ont circulé… Au fait, comment en est-on arrivé là ? Quatre motions étaient sur la table de l’Assemblée Provinciale. L’une d’elles visait la tête du Gouverneur. Lors de la séance d’hier, après débat, deux camps se sont constitués. D’un côté, ceux qui voulaient le départ de Didier Manara, dans l’immédiat. Et, de l’autre, ceux qui craignaient qu’un tel départ n’occasionne un nouveau désordre au Maniema.
Au total, 13 Députés contre 11 étaient diamétralement opposés devant un Bureau qui n’a pas su maîtrisé les humeurs et rancœurs. Comme à la foire, chacun a cherché à avoir raison, dans une ambiance de parfaite incompréhension. La police des débats devenant impossible dans cette avalanche de vacarme et disputes, le pire est vite arrivé. Des vieux réflexes empreints d’indignité, pour des élus, ont retrouvé leurs lettres de noblesse.
Au comble du spectacle, les élus ont transformé l’hémicycle en dojo, pour les uns, en ring, pour les autres et, en terrain, pour les indécis. Finalement, l’affaire a dégénéré jusqu’au point de tout chambouler. La police est intervenue, pour arrêter la blague et départager les Députés provinciaux devenus, du coup, des experts en arts martiaux.
C’est sur ce tissu de mésentente, de l’opprobre et de la haine que Lumanu veut tester si les esprits peuvent encore se prêter au rabibochage. L’exercice parait périlleux, pour ne pas dire difficile, au regard de la nature du conflit et de ses stigmates sur les visages tuméfiés ou zébrés de cette nouvelle race des boxeurs, catcheurs et karateka nichés à l’Assemblée Provinciale du Maniema.
Issue apaisée ? C’est le sens du combat, l’ultime alors que tente d’engager Adolphe Lumanu. Mettre autour d’une table les protagonistes, pour tirer les choses au clair, avant toute décision. Sera-t-il compris ? C’est la question à laquelle est suspendue tous les regards des sceptiques qui comparent, malheureusement, cette situation à celle de Mbandaka, du Katanga et, même, de la Province Orientale, où les gouverneurs des Provinces sont à couteaux tirés avec les Assemblées Provinciales.
A Mbandaka, par exemple, le climat reste corsé, en dépit de l’élection de Jean-Claude Baende. A Kisangani, Médard Autsai vient d’échapper à une motion de défiance. A Lubumbashi, Antoine Gabriel Kyungu wa Kumwanza est toujours sur la sellette. Les derniers incidents survenus contre quatre Députés sont encore frais, dans la cervelle. Au jour d’aujourd’hui, c’est le désordre au Maniema.
De plus en plus, le séisme aura tendance à se déferler sur l’ensemble du pays, avec l’approche des joutes. Des craintes d’un recours abusif aux motions sont désormais partagées. Lumanu Adolphe va-t-il y mettre fin ? Comment et avec quels moyens ? C’est un défi. Il doit le relever, pour ne pas laisser prospérer l’ère des règlements des comptes et de la propagation du virus de la haine, source de guerres récessives.
La Prospérité
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